Venise étouffe sous les pas des visiteurs. La cité des Doges cherche une parade au surtourisme. Depuis 2024, une taxe d’entrée pour les excursionnistes doit endiguer le flot. Deux ans plus tard, le bilan semble fragile. Le nouveau maire veut multiplier son montant par dix.
Venise à l’épreuve du surtourisme : un patrimoine menacé
La Sérénissime accueille chaque année entre 20 et 30 millions de touristes. Un raz de marée humain pour seulement 49 000 habitants dans le centre historique. La population a été divisée par trois en 75 ans. Les Vénitiens fuient la ville, chassés par les loyers et les boutiques de souvenirs.
La préservation de ce patrimoine unique devient une course contre la montre. L’impact environnemental du tourisme se lit dans la lagune : les vagues des bateaux rongent les fondations, la pollution noircit les marbres. Les palais s’abîment en silence.
La cité des Doges face à un flux difficile à contrôler
Aux heures de pointe, on compte 27 touristes pour un habitant. La ville n’est plus un lieu de vie, mais un décor. Les écoles ferment, les commerces de proximité disparaissent, remplacés par des enseignes pour visiteurs. La gestion touristique est devenue une urgence politique, pas une simple question de confort.
En 2024, les Vénitiens sont descendus dans la rue pour crier leur ras-le-bol. Le tourisme de masse épuise la ville et ses résidents. Depuis, la municipalité cherche des outils efficaces pour protéger le site.
La taxe d’entrée à Venise : une régulation touristique encore imparfaite
Pour freiner le flux, la ville a créé le « contributo di accesso ». Ce droit d’accès concerne ceux qui ne passent pas la nuit dans la commune. Le tarif de base est de 5 euros pour une réservation faite au moins quatre jours à l’avance. Le double, soit 10 euros, est demandé en cas de réservation tardive.
Le dispositif monte en puissance. Il a été appliqué sur 29 jours en 2024, puis 54 dates en 2025, et 60 jours en 2026. Les week-ends de printemps et les ponts sont particulièrement visés. Comment réguler des flux qui ne faiblissent pas ?
Des recettes réelles, mais une affluence stable
En 2025, la taxe a rapporté près de 5 millions d’euros. Plus de 720 000 touristes se sont acquittés du droit d’entrée. Cette manne sert à financer l’entretien des quais, la collecte des déchets et la restauration de certains monuments.
Mais l’effet sur la fréquentation reste ténu. Une étude commandée par la mairie évoque une baisse « légère » de la foule les jours taxés. Les visiteurs paient, mais continuent de venir. Le tourisme durable exige peut-être des mesures plus radicales.
Le nouveau maire veut porter la taxe d’entrée jusqu’à 50 euros
Simone Venturini, élu en mai dernier, assume une ligne dure. Il propose de décupler le ticket d’accès, pour le fixer entre 30 et 50 euros certains jours. La décision doit encore être validée par le gouvernement italien. L’objectif est clair : rendre l’entrée de Venise réellement dissuasive.
Pour le maire, « le droit d’entrée est actuellement le seul outil efficace pour contrôler le nombre quotidien de visiteurs ». Selon lui, les tarifs actuels ne pèsent pas assez sur les décisions des voyageurs, surtout quand on vient du bout du monde pour voir la Sérénissime.
Une mesure qui ne convainc pas tous les Vénitiens
Les habitants restent sceptiques. Cette taxe vise les visiteurs à la journée, mais ignore les locations touristiques type Airbnb. Or, ce sont elles qui font flamber les prix de l’immobilier. Les logements échappent aux résidents, et la ville se vide un peu plus chaque année.
La protection du patrimoine passe-t-elle vraiment par une simple augmentation de prix ? Beaucoup en doutent. Le marché locatif, la spéculation et la transformation de l’économie locale ne sont pas réglés par un billet d’entrée.
Face au surtourisme, l’Europe explore d’autres pistes
Venise n’est pas la seule ville à expérimenter. Partout en Europe, les destinations majeures cherchent des réponses adaptées. Les modèles divergent, mais l’objectif est commun : concilier accueil et respect des habitants.
- 🇪🇸 Barcelone double sa taxe de séjour et supprime 10 000 licences de locations touristiques d’ici 2028.
- 🇳🇱 Amsterdam plafonne les navires de croisière à 100 par an et augmente la taxe de séjour jusqu’à 20 % en 2030.
- 🇭🇷 Dubrovnik limite les escales et rend l’accès aux remparts payant et réservé.
- 🇬🇷 La Grèce instaure des quotas sur les îles et une taxe de 20 euros pour Mykonos et Santorin en haute saison.
Le prix seul semble insuffisant. Amsterdam combine fiscalité, plafonds et interdictions. Barcelone s’attaque frontalement à l’offre de logements. Dubrovnik mise sur des quotas stricts. Chaque ville invente sa méthode.
Barcelone : la fin programmée des appartements touristiques
La capitale catalane a obtenu un feu vert judiciaire pour ne pas renouveler les licences des 10 000 logements touristiques. La mesure s’appliquera à partir de novembre 2028. Le maire Jaume Collboni promet un changement de modèle assumé, là où Venise hésite encore.
Amsterdam : une stratégie de réduction globale
La ville néerlandaise agit sur tous les fronts. La taxe de séjour passe progressivement de 12,5 % à 20 %. Les croisiéristes paient désormais 22 euros par jour. Et plus aucune nouvelle chambre d’hôtel ne doit voir le jour. L’offre se réduit, la pression baisse.
Dubrovnik et les îles grecques : la logique du quota
Dubrovnik préfère limiter le nombre d’entrées. Deux bateaux de croisière par jour, environ 4 000 passagers maximum. Les remparts ne se visitent plus que sur réservation. En Grèce, Santorin plafonne les débarquements à 8 000 personnes par jour, et Mykonos applique une taxe de 20 euros de juin à septembre. Une manière d’orienter les flux vers des îles moins saturées.
Quel avenir pour la régulation touristique à Venise ?
La taxe d’entrée est-elle la solution magique ? Elle finance des actions concrètes pour entretenir la ville. Elle sensibilise aussi les voyageurs à la fragilité du site. Mais elle ne réduit pas les causes profondes du surtourisme : la concentration des séjours, la pression locative, l’emprise des croisières.
Venise est devenue un laboratoire pour toute l’Europe. Les expérimentations s’accumulent, certaines courageuses, d’autres contestées. La cité des Doges cherche un équilibre entre hospitalité et survie. Et si le droit d’entrée devenait une norme dans les grandes villes touristiques ?
Une certitude demeure : les Vénitiens veulent reconquérir leur ville. La régulation touristique devra être aussi sociale que patrimoniale. Le défi est immense, mais la Sérénissime n’a jamais reculé devant l’eau qui monte.

Aurélie suit les destinations françaises, les mobilités douces et les récits de terrain. Elle aime relier culture, itinéraires simples et conseils pratiques pour voyager avec plus de justesse.